LUMA Days #5 / Recomposer : Itinéraires pour des mondes possibles
Sous le titre Recomposer : Itinéraires pour des mondes possibles, l’édition 2021 des LUMA Days propose une réflexion sur les manières de naviguer et de tracer des trajectoires au sein de réalités en constante évolution. Il s’agit de repenser nos façons d’habiter le monde, d’utiliser les ressources et de réinventer les formes de l’action collective.
À la suite des bouleversements des douze derniers mois, les interrogations sur les voies possibles pour l’avenir se sont multipliées. Mais que signifie relancer la machine économique si cela revient à poursuivre, coûte que coûte, une logique de croissance infinie dans un monde aux ressources limitées ? Dans ce contexte, la notion de recomposition apparaît comme une alternative à celle de la relance. Les LUMA Days réunissent ainsi artistes, penseur·ses, scientifiques et publics afin d’explorer ce concept, d’imaginer de nouveaux récits et de nouvelles formes d’échange, et d’ouvrir des perspectives sur les futurs possibles.
Dans ce processus de recomposition, quels outils avons-nous à notre disposition pour accéder durablement aux ressources ? Comment élaborer de nouvelles idées, de nouveaux objectifs et de nouvelles croyances alors que les systèmes de référence se sont profondément transformés ?
Comment recréer des communautés lorsque les liens qui les unissent se dissolvent et que le sentiment de désorientation s’installe ? Comment redéfinir nos responsabilités – éthiques, sociales et environnementales – dans un monde interconnecté, à l’heure où les enjeux écologiques et socio-politiques se font toujours plus pressants ?
La recomposition implique le changement. Elle peut être comprise comme un processus dans lequel la décomposition d’un élément enrichit, voire nourrit, un autre. À ce moment charnière, dans un monde fragile, les LUMA Days proposent des perspectives culturelles croisées et des bifurcations à travers des modes de vie qui semblent parfois incommensurables, afin de réinventer nos récits et d’élargir nos champs d’investigation.
Les LUMA Days se sont tenus à Arles du 16 au 18 septembre 2021. La première journée était consacrée à des ateliers autour du développement territorial durable et apprenant, tandis que les deux journées suivantes adoptaient une approche plus spéculative des enjeux contemporains. Les discussions se sont articulées autour de trois thématiques : Recomposer, avec quelles ressources ? (jour 1), Recomposer la transmission des savoirs (jour 2) et Recomposer des mondes pluriels (jour 3).
Conçu et organisé par Maria Finders, Martin Guinard et Hans-Ulrich Obrist.
Informations pratiques
Jeudi 16 septembre 2021 : Recomposer, avec quelles ressources ?
Quelles ressources sont disponibles pour le développement d’un territoire durable ? Voici la question qui traverse la première journée des LUMA Days consacrée au développement territorial. Car il s’agit bien d’un exercice de recomposition au sens de concilier les impératifs économiques, écologiques et sociaux.
L’objectif de cette journée est de dresser un état des lieux des ressources existantes, qu’elles soient matérielles, financières, culturelles et humaines en prenant en compte d’une volonté collective de valorisation des richesses disponibles localement.
- 18h00 : Rapport d'étonnement
Avec Silvie Aries (écrivaine), Joël Rumello (écrivain), Laetitia Sariroglou (journaliste) et Philippe Thuru (écrivain). Lu par Claude Lecat (comédienne). - 18h15 : Renversement des rôles dans l'usage des ressources : une perspective égyptienne
Par Lina Alorabi, fondatrice de The New Egyptian. - 18h35 : Présentation
Par Philippe Bihouix (directeur général de l'AREP). - 18h45 : Géopolitique des métaux rares
Par Guillaume Pitron (journaliste d'investigation). - 19h00 : L'énergie : une histoire sans transition
Par Jean-Baptiste Fressoz (historien des sciences, des techniques et de l'environnement). - 19h20 : Recomposer, avec quelles ressources ?
Avec Philippe Bihouix, Jean-Baptiste Fressoz et Guillaume Pitron.
Modération : Maria Finders (co-curatrice des LUMA Days).
Vendredi 17 septembre 2021 : Recomposer la transmission des savoirs
La définition et la transmission des savoirs sont en pleine mutation. Comment transmettre des savoirs aujourd’hui, au-delà des préoccupations pédagogiques classiques dans un contexte de généralisation de l’enseignement distanciel, des bouleversements liés à l’émergence de l’intelligence artificielle ou encore du développement des formations continues tout au long de la vie professionnelle ? Recomposer la transmission des savoirs passe d’abord par une réflexion sur les manières d’accueillir ces derniers. Les discussions sur la transmission horizontale plutôt que verticale continuent à occuper une partie importante des réflexions pédagogiques. Cependant comment réconcilier cette horizontalité avec la fiabilité des informations à l’heure des fake news ?
Cette journée permettra une exploration avec divers intervenants - qu’ils soient botanistes, enseignants ou artistes - et des manières décloisonnées de faire émerger des façons de connaître le monde et de constituer un champ d'apprentissage basé sur l'échange et la transmission.
- 10h00 : Introduction des LUMA Days
Par Maja Hoffmann (fondatrice, LUMA). - 10h00 : Pour une nouvelle géographie
Par Grégory Quenet (historien de l'environnement). - 10h30 : La Plateforme, une école du numérique à Marseille
Par Cyril Zimmermann (entrepreneur de l’économie numérique, président de La Plateforme). - 11h15 : L'École des mutants : Université des futurs africains
Avec Olivia Anani (co-directrice du département Africa + Art Moderne et Contemporain, Piasa), Hamedine Kane (réalisateur, artiste) et Stéphane Verlet-Bottéro (artiste, ingénieur de l'environnement, curateur).
Modération : Martin Guinard (co-curateur des LUMA Days). - 11h45 : Les Vaillants
Conversation avec Sara Sadik (artiste), Malaa (rappeur) et Julie Boukobza (responsable des résidences, LUMA Arles). - 14h30 : L'exploration des controverses du lycée au supérieur
Par Nicolas Benvegnu (directeur du programme METIS, Sciences Po). - 14h50 : Les startups de l'économie circulaire : opportunités, défis et besoins – Des exemples provenant d'Égypte
Par Heba Labib (directrice du Centre pour l’innovation, entrepreneuriat et compétitivité, Université du Nil, Égypte). - 15h10 : Le monde rural : lieu et modèle du partage des savoirs
Avec Jean Rakovitch (directeur pédagogique de l’École du Domaine du Possible) et Émilie Rousselou (directrice de l’Université du Domaine du Possible et fondatrice de la ferme Spiruline arc-en-ciel). - 15h40 : Le monde rural : lieu et modèle du partage des savoirs
Avec Gianfranco Baruchello (artiste, fermier).
Modération : Hans Ulrich Obrist (conseiller sénior, LUMA Arles). - 16h15 : Le monde rural : lieu et modèle du partage des savoirs
Avec Maurizio Rossi (co-fondateur de H-FARM et président de H for Human Foundation) et Audrey Bourolleau (fondatrice du Campus Hectar).
Modération : Nicolas Benvegnu (directeur du programme METIS, Sciences Po).
Samedi 18 septembre 2021 : Recomposer des mondes pluriels
Les questions autour des manières d’habiter le monde se posent de manière particulièrement pressante de nos jours. Ces préoccupations débouchent sur un ensemble de réflexions sur les façons de «faire » des mondes, c’est-à-dire d’accueillir des conceptions différentes des rapports entre les humains et leur environnement. Admettre qu’il puisse y avoir plusieurs mondes, c’est accepter que les représentations qu’on se donne de celui-ci peuvent changer, et que le type d’actions possibles au sein de ce dernier peuvent être modifiées en conséquence. Car comme l’affirme Philippe Descola, à l'issue de ses recherches anthropologiques « on ne voit que ce qu’on a appris à voir ». Cette journée, à travers des interventions d'anthropologues, de physiciens, d’artistes et de philosophes, tentera d’explorer les conséquences de cette pluralité des mondes à construire.
- 10h00 : Remember : An Opening Oracle
Par Alexis Pauline Gumbs (artiste).
Modération : Hans Ulrich Obrist (conseiller sénior, LUMA Arles). - 10h30 : L'autre de la pensée
Par Manthia Diawara (écrivain, cinéaste). - 11h00 : Les formes du visible
Par Philippe Descola (anthropologue). - 11h30 : Restituer l'anthropologie : une question politique
Par Nastassja Martin (anthropologue). - 12h00 : Recomposer des mondes
Avec Philippe Descola (anthropologue), Nastassja Martin (anthropologue) et Eliza Levy (réalisatrice).
Modération : Martin Guinard (co-curateur des LUMA Days). - 14h00 : Mass (17')
Par June Balthazard & Pierre Pauze. - 14h15 : Quel monde, à quelle échelle ?
Avec June Balthazard (artiste), Pierre Pauze (artiste) et Chiara Mariotti (physicienne des particules élémentaires au CERN).
Modération : Hans Ulrich Obrist et Martin Guinard. - 14h45 : Mondes réels / Mondes virtuels
Par Daniel Birnbaum (directeur et curateur, Acute Art). - 15h00 : Relance ?
Analyse et opinion critique avec Laurent Fonbaustier (chercheur en droit de l'environnement), Philippe Rahm (architecte), Hélène Tordjman (économiste) et François Vatin (sociologue).
Modération : Sylvain Bourmeau (directeur, AOC Média). - 16h00 : LUMA ABCD
Avec Maja Hoffmann (fondatrice, LUMA), Vassilis Oikonomopoulos (directeur des expositions et des programmes, LUMA Arles), Tom Eccles (conseiller sénior, LUMA Arles) et Hans Ulrich Obrist (conseiller sénior, LUMA Arles).
Olivia Anani
Olivia Anani est née à Abidjan, en Côte d’Ivoire. Formée en études asiatiques et en art contemporain sur trois continents, elle a travaillé chez Sotheby’s, Phillips et Christie’s avant de rejoindre PIASA en tant que co-directrice du département Afrique + Art moderne et contemporain. Chercheuse, auteure et commissaire d’exposition, elle a collaboré avec les Biennales de Taipei, Dakar et Kampala, le Zajia Lab à Pékin, l’Institut national d’histoire de l’art, le Centre Pompidou, la Fondation Gulbenkian et Columbia University–Reid Hall à Paris. Membre du conseil d’administration des Amis du Palais de Tokyo depuis 2013, elle a siégé au jury du Prix des Amis 2018, qui soutient de jeunes artistes à l’occasion de leur première grande exposition institutionnelle. Spécialiste du marché de l’art, elle s’intéresse à la manière dont les ventes aux enchères peuvent mettre en lumière des figures et des récits de l’histoire de l’art longtemps négligés. Elle a contribué à la vente de chefs-d’œuvre de Francis Bacon, Alberto Giacometti, Nicolas de Staël, Cy Twombly, Mark Rothko, Jean-Michel Basquiat, Bodys Isek Kingelez, Barthélémy Toguo et Seydou Keïta, ainsi qu’à des projets de prêt et d’acquisition pour des institutions telles que le musée du Louvre et le Louvre Abu Dhabi.
June Balthazard
Gianfranco Baruchello
Neïl Beloufa
Nicolas Benvegnu
Philippe Bihouix
Daniel Birnbaum
Philippe Descola
Jean-Baptiste Fressoz
Alexis Pauline Gumbs
Hamedine Kane
Chiara Mariotti
Nastassja Martin
Nastassja Martin est anthropologue, titulaire de la chaire de professeur·e junior « Habitabilité de la Terre et transitions justes » (ISJPS, université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, 2023-2026). Formée à l’EHESS sous la direction de Philippe Descola, elle a consacré sa thèse aux Gwich’in, chasseur·euses-cueilleur·euses du nord-est de l’Alaska, à l’origine de son premier essai, Les Âmes sauvages : Face à l’Occident, la résistance d’un peuple d’Alaska (La Découverte, 2016).
Ses recherches développent une anthropologie comparée des réponses aux crises environnementales, attentive aux cosmologies autochtones subarctiques. Après l’Alaska, elle a enquêté chez les Even du Kamtchatka, dont les modes d’existence ont été recomposés par la colonisation soviétique puis l’extractivisme contemporain. Ce travail a donné À l’est des rêves : Réponses even aux crises systémiques (La Découverte, 2022), où rêves performatifs et récits mythiques dialoguent avec logiques coloniales et dérèglement écologique, ou encore Croire aux fauves (Verticales, 2019).
Sa chaire actuelle prolonge ces recherches, notamment via une enquête sur l’hydrogène vert au Chili.
Hans Ulrich Obrist
Hans Ulrich Obrist (né en 1968 à Zurich, Suisse) est directeur artistique des Serpentine Galleries à Londres et conseiller sénior à LUMA Arles. Auparavant, il était conservateur au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris. Depuis sa première exposition World Soup : The Kitchen Show en 1991, il a été curateur de plus de 350 expositions. Les publications récentes d'Obrist comprennent Ways of Curating (2015), The Age of Earthquakes (2015), Lives of the Artists, Lives of Architects (2015), Mondialité (2017), Somewhere Totally Else (2018), The Athens Dialogues (2018), Maria Lassnig : Letters (2020), Entrevistas Brasileiras : Volume 2 (2020), et 140 idées pour la planète Terre (2021).
Pierre Pauze
Guillaume Pitron
Hashim Sarkis
Grégory Quenet
Grégory Quenet est un des pionniers de l’histoire environnementale et des humanités environnementales en France. Depuis 2012, il est professeur en histoire environnementale à l’université Versailles – Saint-Quentin-en-Yvelines (Paris-Saclay). Fondateur du portail français des humanités environnementales, il a organisé le VIIIᵉ congrès de la European Society for Environmental History à Versailles en 2015. Depuis sa création en 2024, il codirige le département de recherche Humanités environnementales du Collège des Bernardins, où il a été titulaire de la chaire Laudato si’ : Pour une nouvelle exploration de la Terre de 2021 à 2023. Son dernier ouvrage, Histoire de la pensée écologique, est paru aux Presses universitaires de France en mai 2025. Depuis 2021, il est conseiller scientifique du programme Histoire environnementale à LUMA Arles.
Maurizio Rossi
Estelle Rouquette
Sara Sadik
Sara Sadik a été en résidence à LUMA Arles de mars à juin 2021.
Sara Sadik est née en 1994 à Bordeaux et obtient en 2018 son DNSEP à l’École des Beaux-Arts de Bordeaux. Elle vit et travaille à Marseille. Elle travaille sur la jeunesse française issue des quartiers populaires et sa culture dont elle documente les arcanes et déconstruit les mythologies sociales, notamment liés à l’adolescence et aux masculinités. Son travail s’exprime dans des vidéos ou des performances, allant du documentaire à la science-fiction en passant par la télé-réalité. Son travail a été présenté dans des expositions collectives notamment à 221 A (Vancouver, 2017), à Karma International (Zurich, 2017), au Open’er Festival (Gdynia, 2017), à Roodkapje (Rotterdam, 2018), à la Wallach Gallery – University of Columbia (New-York, 2019), à la Galerie Édouard Manet (Gennevilliers, 2019), à Triangle France-Astérides (Marseille, 2021), Munchmuseet (Oslo, 2021), aux Magasins Généraux (Pantin, 2021). Ses performances ont été présentées au festival Do Disturb - programmation Triangle France–Astérides (Palais de Tokyo, Paris, 2019) et au festival Parallèle (Frac PACA et Friche Belle-de-Mai, Marseille, 2020). Son travail est également présent dans des collections publiques, notamment au Cnap, au Frac Nouvelle-Aquitaine MÉCA, au Frac PACA et au Musée d’Art Moderne de la ville de Paris. Elle est représentée par la galerie Crévecœur, Paris.